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Devotional Era

Stratégie Planétaire

Interview / Promotion par Gérard Bar-David | Rock Sound | 1993 | 13554 caractères. Temps de lecture : 10 min 10 sec

Quinze années d'existence, c'est presque l'âge moyen de leurs fans, un âge rock mur où l'on se hasarde moins à l'aventure. Pourtant, contre toute attente et au mépris des lazzis, des Ayatollah de la rock-critique, les quatre de Depeche Mode ont su depuis longtemps résister à la facilité de nous servir le même hit inlassablement photocopié d'un album à l'autre pour oser progresser à chaque fois dans une dimension neuve. Basée sur le partage arithmétique des rôles de chacun comme des fruits du succès, l'incroyable cohésion du groupe leur laisse toute la liberté d'inventer et innover. Martin avec ses chansons, Alan avec ses sons, Dave avec sa voix et Fletch, le filou, avec son sens hypertrophié de l'image. C'est sans doute là que réside tout le secret de leur fraîcheur et de leur longévité. Pourtant, désormais, les Depeche Mode ne sont plus tout à fait seuls. D'abord il y a leur alter ego vidéo Anton Corbijn qui signe tous leurs clips, toutes les photos, toutes les pochettes depuis Music for the masses en 1987. Et, depuis le précédent Violator, le producteur Flood qui co-réalise comme aucun autre (Gareth Jones, Steve Bascombe), semble avoir trouvé avec eux l'équilibre optimal. Avec ses compositions vertigineuses et ambiguÎs hantées par la passion de Dieu ou (et) du sexe Songs of faith and devotion apparaît déjà comme un Mode majeur. Cette fois, nos technos noceurs ont su secouer leurs convictions pour percuter des chemins vierges tels que le gospel ou le new age. Et tout en s'adonnant de concert à l'harmonie classique des instruments à corde, ils injectent dans le même temps des guitares rock incroyablement bodybuildées. Mais les Mode n'excellent-ils pas dans l'art du paradoxe? A la veille de leur blitzkrieg live, le "Devotional Tour" qui démarre à Lille, Andrew "Fletch" Fletcher chargé de propagande, nous livre les clefs de sa stratégie planétaire.

Rock Sound: Il semblerait qu'avec Flood vous ayez trouvé votre George Martin?
Andy Fletcher: C'est incontestable, ce qui rend Flood aussi essentiel sur ce nouvel album, c'est qu'il a su nous convaincre d'explorer certaines directions où nous ne nous serions jamais aventurés sans lui. Il faut admettre qu'auparavant nous étions loin d'être aussi ouverts dans nos habitudes musicales. Nous étions ce qu'on peut appeler des "techno-puristes" mais Flood a su nous indiquer une nouvelle direction et ce fut salutaire.

Rock Sound: Concrètement, sans Flood, on ne trouverait sur l'album ni violon ni orchestre classique?
Andy Fletcher: C'est vrai, je me souviens de notre réaction offusquée lorsqu'il nous en a parlé pour la première fois. "Oh non, jamais nous n'utilisons de musiciens extérieurs au groupe, nous faisons tout nous mêmes etc." Flood a su insister et lorsque nous avons essayé, nous avons découvert que cela fonctionnait parfaitement. Le résultat final était positif car il débordait d'émotion.

Rock Sound: De quelle manière avez vous réagi lorsque vous avez vu débarquer dans votre studio, que vous ne partagez depuis toujours qu'avec le producteur et l'ingénieur, un orchestre de 48 personnes?
Andy Fletcher: Ces musiciens sont des pros, l'exécution de la musique constitue leur travail au quotidien. C'était fascinant; cela nous a pris en tout et pour tout une simple session de trois heures pour enregistrer cette partie alors que si nous l'avions fait nous mêmes avec des machines nous y aurions passé trois jours pleins. De plus c'était extrèmement motivant pour Martin qui chante sur ce titre (Judas), de se retrouver dans des conditions proche du live face à cet orchestre.

Rock Sound: Ma première réaction en découvrant l'album est qu'il sonnait très futur technologique genre "Bladerunner" ou "StarTrek Deep Space 9" tout en restant en même temps très humain.
Andy Fletcher: Nous avons avant tout cherché à préserver cet élément humain essentiel. Car auparavant nos disques étaient un peu trop mécaniques. Sur cet album nous avons avant tout cherché à exacerber le coté performance en réduisant l'importance des séquences pour jouer le plus possible avec une vraie batterie et toujours plus de guitares. Bien sûr, nous avons conservé quelques sons purement techno mais je crois que cet album est incroyablement plus varié que ce que nous faisons à l'accoutumé. Et si cela parait beaucoup mieux fonctionner, c'est que c'est tout simplement plus humain. Lorsque tu dis que l'album te rappelle Bladerunner, c'est vrai car chaque titre possède ce coté étrangement panoramique de paysages inédits et différents et si ces chansons nous font voyager, c'est qu'elles ont été conçues dans trois pays différents (Espagne, Allemagne, Angleterre) et non pas sur Mars.

Rock Sound: Ces chansons ne font pas directement référence à Dieu mais, à travers l'usage du gospel, on peut sentir sa présence.
Andy Fletcher: Tu connais la fascination intense de Martin pour la religion, elle est encore plus exacerbée sur cet album. Il a tant de questions pour lesquelles il ne semble pas encore avoir trouvé de réponse. De plus ces derniers mois, il a intensivement écouté des disques de gospel et cela a considérablement influencé l'écriture de ses chansons. Un incontestable climat spirituel traverse l'album. Dave tout particulièrement semble avoir trouvé dans sa manière de chanter la voie de la spiritualité. Peut être, avait-il l'impression de se retrouver dans ces textes car il a traversé une période très difficile durant toute l'année qui a suivi la tournée Violator.

Rock Sound: Parlons de l'ambivalence des textes car on ne sait jamais très exactement s'ils évoquent Dieu ou le sexe, l'amour physique ou spirituel.
Andy Fletcher: C'est absolument volontaire de la part de Martin qui refuse que ses textes soient trop explicitement directs. Et parfois, il prend un malin plaisir à détourner les concepts religieux pour parler de sexe... à moins que cela ne soit le contraire. ,

Rock Sound: L'autre thème constant chez Martin sont les guitares qu'il utilise de plus en plus au fil des disques même s'il Ies détourne parfois en sirènes d'usines, cela reste des guitares.
Andy Fletcher: Martin est un guitariste avant tout, pas un clavieriste. La guitare est donc un instrument beaucoup plus naturel pour lui. D'ailleurs la plupart des chansons Sont écrites à la guitare, c'était donc une évolution logique pour lui de jouer davantage de guitares même si la plupart du temps, nous trafiquons le son pour qu'elles ne sonnent plus exactement comme des guitares. Je crois aussi qu'il existe une très forte influence blues sur cet album. La plupart des chansons ont une coloration très blues qui colle parfaitement aux jeux de guitares.

Rock Sound: Tu expliquais tout à l'heure que quelque chose avait changé dans la manière de chanter de Dave?
Andy Fletcher: Lorsque Dave chante, il faut effectivement qu'il se sente bien, nous avons cette fois réussi a créer l'atmosphère idéale pour qu'il donne le meilleur de lui même. Cette fois, on peut effectivement dire qu'il est parvenu à se surpasser car il a tenté, avec succès, d'injecter beaucoup plus d'émotion dans sa manière de chanter.

Rock Sound: Peut-être parce qu'il a personnellement souffert dans sa vie ? (Dave Gahan s'est séparé l'an passé de sa femme et de sa fille).
Andy Fletcher: Oui et le chant constitue sa manière à lui de se libérer.

Rock Sound: On dirait que chacun d'entre vous a profité de cette année sabbatique pour vivre nonnalement sans studio ni tournée ni promo. Toi avec ta fille, Martin avec la sienne,Dave en se libérant de son blues...
Andy Fletcher: Cette année a filé si vite, j'ai encore du mal à croire que douze mois se sont vraiment passés.
Lorsque les gens nous demandent: "Mais qu'avez vous fait durant tout ce temps ?" je ne sais trop quoi leur répondre.

Rock Sound: Es-tu allé te promener au parc et as-tu fait du shopping ?!
Andy Fletcher: Oh oui, des tonnes et des tonnes de shopping.

Rock Sound: Et Alan, à quoi a-t-il consacré ces douze mois?
Andy Fletcher: Il a produit le dernier album de Nitzer Ebb et son propre album solo avec Recoil. En fait, Alan n'a guère quitté le studio durant tout ce temps. Tant mieux pour nous car il assure ainsi le côté le plus fastidieux du boulot, tout le travail de programmation par exemple. Le pire est qu'il s'en fiche. Ce qu'il airne le plus au monde, c'est l'air conditionné des studios. Il a d'ailleurs tout particulièrement craqué sur la New Age ce qui a notablement influencé le son de notre musique.

Rock Sound: Quel est votre agenda pour les mois qui viennent? Avez vous de nombreuses remixes pour des faces B inédites?
Andy Fletcher: Bien entendu, nous avons un paquet de B-sides inédites et même des chansons que nous n'avons pas finies d'enregistrer. Mais notre prochaine mission c'est toute la préparation de la tournée, la pré-production. Cette fois, nous voulons vraiment imaginer quelque chose de différent et de vraiment excitant. Alan jouera cette fois quelques parties de batterie et Martin sera encore plus présent avec sa guitare. Nous voulons aussi une chorale de chanteurs gospels, tout cela promet d'être réellement intéressant.

Rock Sound: Et les violons? Et l'orchestre?
Andy Fletcher: Oui, cela sera sans doute l'occasion d'organiser des soirées spéciales, mais sur la base d'une tournée mondiale, nous ne pouvons pas nous permettre de déplacer autant de monde. A Paris, si nous jouons trois soirs, nous utiliserons sans doute un orchestre au complet pour l'une des dates.

Cela signifie donc que pour la première fois vous serez plus de quatre sur scène?
Andy Fletcher: Pour la première fois, oui... C'est étrange, mais tu sais je sens qu'après cette tournée-ci, il n'y en aura pas d'autre avant très longtemps, nous voulons donc qu'elle soit tout particulièrement mémorable. Nous répétons énormément, car nous avons maintenant tant de choix possibles. Bien sûr, nous allons nous concentrer sur Violator et celui-ci avec quelques vieux hits incontournables. De plus, nous voulons aller dans des lieux différents où nous ne sommes jamais allés auparavant comme l'Amérique du Sud, la Russie ou IsraÎl.

Rock Sound: Tu sais qu'en Europe, et tout particulièrement en France nous avons un problème d'extrême droite. Or il fut un temps où, sans être des politiciens vibrants, vous distilliez quelques idées de progrès au fil de vos chansons. Le parti travailliste a perdu les élections en Angleterre, comme le PS chez nous, êtes-vous si déçus de la politique qu'elle parait désormais absente de vos chansons?
Andy Fletcher: Non la simple raison pour laquelle la politique est absente du LP c'est que Martin a consciemment décidé après "Construction time again" qu'il n'était pas bon d'asséner des idées politiques dans la tête des gens. Chacun de nous a ses propres arguments et il n'y a pas de leader maximo dans ce groupe. Je peux donc te donner que mon point de vue. J'avoue que la défaite socialiste m'a rendu très amer mais je dois bien me faire une raison: c'est la quatrième qu'ils perdent à la suite, cela n'est donc ni un choc ni une surprise. En fait, je suis plus inquiet pour votre situation en France. Vous avez bien des problèmes à régler, tant de tensions aussi avec l'extrême droite qui ne cesse de gagner du terrain. Si nous avions chez nous la même peste brune, je crois qu'on se battrait, on ferait des concerts "benefits" pour tenter d'enrayer leur action. Mais nous n'avons pas trop ce problème en Angleterre, les conservateurs sont à droite mais pas au point d'en être fascistes. Et au moins, le premier ministre est un supporter de l'équipe de Chelsea, je ne peux donc pas Ie critiquer totalement!

Rock Sound: Es-tu sensible à l'écologie?
Andy Fletcher: C'est sans doute une mode, mais elle intéresse chacun de nous. Greenpeace est peut être le seul mouvement sur lequel nous sommes d'accord tous les quatre. On surestime trop souvent les amuseurs pop au point d'espérer qu'ils aient le pouvoir de changer le monde mais il n'y peuvent rien. Voilà pourquoi Martin s'est fixé comme unique objectif d'insuffler une énergie positive chez ceux qui nous écoutent. Cela nous paraît plus important d'avoir une action sur leur vie personnelle en l'améliorant plutôt que de brasser des messages politiques qui ne portent pas.

Rock Sound: Ce qui explique que l'album soit autant obsédé par la foi, l'amour de Dieu ou du cul?
Andy Fletcher: Bien sûr. Chaque fois que Martin s'est aventuré en politique cela n'a jamais vraiment fonctionné. Mais d'une certaine manière, il utilise l'analogie pour faire passer ses idées comme il l'a fait auparavant avec l'analogie sexuelle avec Master and servant en transposant la domination sexuelle à la domination politique. Martin n'est-il pas un expert à ce jeu du double-sens?

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