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Devotional Era

Depeche Mode Dernière

Interview / Promotion par Rudy Léonet | Télémoustique | 1993 | 11824 caractères. Temps de lecture : 8 min 53 sec

Donné pour mort, Depeche Mode revient pourtant avec un album et une toumée. Mais aussi avec cles drames personnels, cles intérêts divergents
et la certitude que tout cela s'arrêtera un jour prochain.

Longtemps dénigré par la presse rock qui jugeait le groupe superficiel, Depeche Mode a été vengé par son dernier album, Violator, celui de ses plus grands succès, commerciaux et critiques. Grâce à Violator, Depeche Mode a reçu enfin ce qu'il méritait et ce que le public belge lui avait accordé depuis longtemps: le respect et la reconnaissance. A sa lumière, c'est toute la carrière du groupe qui a été
revisitée avec un autre oeil et une autre oreille. Depeche Mode est devenu un précurseur, une des influences majeures revendiquées par les gourous de la scène house anglaise. Après onze années de labeur électronique, neuf albums et trois ans de silence, Depeche Mode remet en jeu ce capital avec un nouvel album qui devient le challenge le plus pesant de sa carrière.

Alors que 1992 a vu la faillite de la scène indépendante anglaise, Depeche Mode est le dernier groupe d'envergure mondiale à conserver un pedigree indépendant sur un label qui fait figure de refuge: Mute. Alors, en coulisse, la rumeur avait commencé à poindre du nez: Depeche Mode, c'est fini! Pourtant, ils sont bien là avec ce nouvel album: Songs of faith and devotion. Et bientôt sur la route avec le Devotional Tour, une tournée de 18 mois, la plus longue jamais mise sur pied par le groupe.

Malgré ce planning routinier, quelque chose a changé chez Depeche Mode. Pas seulement le look grunge de Dave Gahan, ni la batterie toute neuve d'Alan Wilder, ni les guitares omniprésentes de Martin Gore, ni l'embonpoint naissant d'Andy Fletcher. Depeche Mode ne sera plus jamais pareil parce que ses fondations ont profondément changé. Les centres d'intérêts ne sont plus les mêmes, la vie a affaibli le groupe pour renforcer les personnalités. A la veille de la sortie de Songs of faith and devotion, Alan Wilder nous a reçus dans un salon du Gore Hotel (sic) de Londres pour nous parler du dixième et difficile album de Depeche Mode: " Je dois faire attention à représenter l'opinion de quatre personnes, ne pas trahir leurs pensées ni leurs intentions. Je veux qu'ils se reconnaissent en lisant l'interview...

TéléMoustique - Vous insistez aujourd'hui pour dire que Depeche Mode est la réunion de quatre individualités plutôt qu'un groupe. Vous refusez même d'accorder des interviews ensemble...

Alan Wilder - On s'est toujours défini comme un collectif plutôt qu'un groupe. Nous avons pris deux années sabbatiques et pendant tout ce temps on ne s'est pas vu du tout... Quand on s'est retrouvé, on avait tous beaucoup changé. Les choses n'étaient plus pareilles parce que nos centres d'intérêts étaient devenus différents. J'ai fait mon album avec Recoil, Martin a eu une petite fille, Fletch a aussi fait un bébé et a ouvert un winebar. Et puis Dave a connu une vie privée plutôt bouleversée et malheureuse. Donc, plus que jamais, DM n'est pas un tout, une globalité, mais une addition qui donne un résultat. Et si on change une donnée de l'addition, le résultat sera forcément différent.

TM - Qui a pris son téléphone pour appeler les autres en parlant d'un nouvel album?

A.W. - Ta question est naïve et j'aimerais vraiment que les choses se passent de cette façon, avec autant de spontanéité. Ce nouvel album était planifié depuis trois ans. On savait qu'il y avait une échéance précise. C'était prévu. Tout comme la tournée qui arrive était déjà planifiée il y a un an et demi.

TM - Quand vous vous êtes revus pour la première fois, aprés deux ans de séparation, Dave avait déjà ce look? Quelle a été ta réaction?

A.W. - J'étais triste, il était si maigre, si chétif. Il venait de divorcer et il l'a très mal vécu. Il habite maintenant Los Angeles. Quand je l'ai revu ainsi, j'ai pensé qu'il était très malade, très malheureux. Beaucoup de gens vont prendre son apparence pour un nouveau gimmick dans le groupe. Peu de personnes savent à quel point sa vie a été secouée, son esprit bouleversé. Et, physiquement, il incarne aussi ce bouleversement.

TM - Vous avez donc été remis tous les quatre, face à face, avec la mission d'accoucher d'un nouvel album pour assumer les échéances d'un calendrier. Comment se sont passées les retrouvailles?

A.W. - Plutôt mal, Martin parlait même d'un album solo plutôt que d'un album de DM. Mais avec la naissance de sa fille, il a abandonné l'idée de porter tout seul un album à bout de bras et il a préféré retrouver un environnement qu'il connait bien. Comme je te l'ai dit, on avait tous pas mal changé et personne n'était prêt à abandonner son point de vue sur la façon d'envisager la musique de DM. Et la grande difficulté a été de réaliser ce disque sans qu'il soit un album de compromis. Si chacun de nous avait accepté de faire des concessions en réclamant des contreparties aux autres, nous serions arrivés à un album insipide et sans intérêt. Une autre solution de facilité aurait étéde fournir rapidement un " Violator Volume 2 ", mais la tentation était trop grande pour ne pas avoir envie de résister.

TM - Vous vous étiez pourtant revus pour l'enregistrement de Death's Door, pour la BO du film de Wenders. Ou dois-je comprendre qu'il s'agissait d'un titre solo de Martin sous le nom de Depeche Mode?

A.W. - Euh... (embarrassé) Non, non, c'est un titre de Depeche Mode, mais nous y avons travaillé très brièvement. La démo de Martin était quasi définitive. On s'est fait berner par les producteurs du film. La chanson y apparait douze secondes en arrière-plan sonore. Ce n'était pas une bonne expérience, le business du cinéma est encore pire que celui de la musique.

TM - Pour ce nouvel album, avez-vous été attentif à expérimenter de nouvelles choses comme vous l'avez toujours fait?

A.W. - Oui. Rien que dans notre façon de fonctionner avec nos rôles très précis. Martin écrit. Je joue les instruments. Dave chante. Et Fletch s'occupe du business et de comptabilité. C'est une organisation très moderne. Donc forcément, en studio, on travaille de façon bizarre. On ne répète jamais les morceaux comme un groupe normal qui travaille les chansons dans un garage "one, two, three, four" avant d'aller en studio. On a aussi voulu explorer de nouveaux horizons comme sur One caress ou sur Condemnation avec un grand orchestre ou une chorale gospel. C'est un plaisir qu'on a voulu se faire, juste pour voir. L'idée était d'introduire des aliens dans l'univers de DM et de voir ce qui allait se passer. Le résultat est encourageant puisque Dave n'a jamais aussi bien chanté que sur Comdemnation. Il a littéralement été transporté par cette chorale. Sans ça, il n'aurait peut-être jamais pu montrer combien il est un chanteur aussi formidable. Ces chansons vont poser un problème sur scène et comme je suis responsable de tous les aspects techniques, je dois trouver une solution très rapidement.

TM - Vous avez aussi retrouvé Anton Corbijn qui s'occupe à nouveau du visuel complet de Songs of faith and devotion, comme il le fait pour U2. Entretemps, il est devenu mercenaire de luxe pour Bon Jovi ou Bryan Ferry,... cela vous crée un préjudice?

A.W. - Franchement, je ne comprends pas pourquoi il a fait ça. Cela ne lui ressemble pas. Son univers, c'est U2, Depeche Mode, Peter Murphy, des groupes avec lesquels il y a une osmose parfaite. Avec DM, la collaboration est très nette: il a entièrement carte blanche pour les photos, les vidéos, les pochettes. C'est un travail complet sur toute l'image, il est devenu une sorte de consultant visuel pour DM. On lui fait entièrement confiance et on sait qu'en retour il se défonce. Avant de faire de la photo, il était peintre et, pour nous, il reprend parfois ses pinceaux comme un cadeau qu'il ferait à des amis. Ce qu'il fait pour les autres, ce n'est pas notre problème.

TM - Sur l'album, vous avez samplé plusieurs rythmiques. Si vous commencez à sampler les autres, c'est un peu le monde à l'envers?

A.W. - Il y a très peu de samplings complets. On a pris un ou deux sons de batteries, mais on a refait complètement les programmations. On n'a pas intérêt à sampler les disques des autres. Si on le faisait systématiquement, je te parie ma chemise qu'on se tape un procès.

TM - Et quand on vous vole un son, vous poursuivez en justice?

A.W. - Non. Une seule fois, les choses sont allées un peu loin. Un maxi dance italien (Co Ro) avait carrément repiqué l'intro de Master & servant pour en faire une boucle. On a été avertis et on a écouté. Finalement, on a dit " Ok, qu'ils s'amusent, souhaitez-leur bonne chance, mais on n'attaque pas en justice!". Mais c'est finalement la firme de disques, Mute, qui a fait le procès de son côté en défendant ses droits. Et là, on ne pouvait rien faire.

TM - Si DM devait s'arrêter, ce serait aussi la fin de Mute? Ce nouvel album arrive au bon moment pour oxygéner l'entreprise, non?

A.W.- Oui, tu as sans doute raison. Le label vit sur les ventes de DM et d'Erasure. Si l'un des deux devait s'arrêter, ce serait le désastre. Nous le savons parfaitement, mais nous ne pouvons pas porter une telle responsabilité sur nos seules épaules. Tous ces employés d'une grande entreprise qui sont à la merci d'un album de Depeche Mode... C'est horrible de penser que le sort de tant d'emplois est dans tes mains. Nous le savons, mais nous refusons d'endosser une telle responsabilité.

TM - Comment vois-tu le futur du groupe?

A.W. - Je ne le vois pas... Depuis quelques années, DM vit sur le fil, toujours au bord de la rupture. Nous avons décidé d'arrêter tous les plans à long terme. On vit au jour le jour. On sait qu'il y a une longue tournée de 18 mois, mais après? J'ai plus de 30 ans et je sais que je termine mon parcours, je ne vais pas faire ça toute ma vie. Quand ça deviendra trop lourd à porter, il faudra abandonner. Je crois qu'envisager les choses sous cet angle est une façon très lucide et très optimiste de tracer l'avenir d'un projet comme DM.

TM - Si tu pouvais te débarrasser d'un aspect de ce travail, lequel voudrais-tu effacer?

A.W. - J'ai une vie formidable. Je n'aurais jamais pu rêver de vivre une vie aussi confortable, je suis vraiment comblé. Il faut donc relativiser les aspects négatifs de ce boulot. La plupart du temps, les interviews m'emmerdent profondément. Ce sont toujours les mêmes questions: Pourquoi avez-vous enregistré à Madrid?, Pourquoi le titre de l'album?. Je vais finir par mettre les réponses sur un sampler (rires). Les tournées me sont aussi de plus en plus pesantes. Je viens de finir d'installer un studio chez moi. Rien qu'à l'idée de devoir partir un an et demi sur les routes et ne pas pouvoir en profiter et bricoler des musiques chez moi, ça me fout le moral en l'air. L'aspect le plus dur de ce boulot, c'est l'illusion de la liberté. Tu crois que tu es un artiste, que tu es libre de tes mouvements, de ton temps, de tes choix, de ta façon de vivre, mais ce n'est qu'une illusion.

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