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chronique

Owlle - Interview Exclusive

Quand Owlle remixe Depeche Mode

Owlle - Heaven Remix

Son remix de Heaven est l'un des plus réussis dans la discographie du groupe depuis des années. Playingtheangel.com est allé à la rencontre de Owlle, artiste montante de la scène française. Elle nous parle de ses projets, de son rapport à la musique, à la scène, à la technologie, à l'image, et de l'aventure du remix Heaven. Portrait de cette artiste mystérieuse, passionnée, passionnante.

Interview Exclusive Playingtheangel.com

Bonjour Owlle. Je suppose que l'exercice doit commencer à être fréquent pour vous : qu'avez-vous envie de nous dire pour vous présenter ? Pourquoi ce nom, "Owlle" ?


Ca reste un exercice agréable et utile pour moi aussi :). Mon nom est Owlle comme un féminin inventé du owl/chouette anglais. C'est un pseudonyme qui s'est imposé avec le temps et qui renvoie à un univers qui m'est proche. La dimension mystérieuse, nocturne de cet animal mais aussi son esthétique que je trouve vraiment majestueuse. Au delà la de ça, choisir ce nom était aussi une manière pour moi de créer un personnage à part entière, une façon de me libérer du moi quotidien.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre background et vos influences musicales ?


Tout d'abord je vais commencer par celui qui a un peu tout déclenché chez moi, Brian Eno pour la musique électronique, conceptuelle. Puis a suivi une boulimie de trip-hop avec Portishead, Tricky ( et ce n'est pas en lien avec Ticky Ticky je vous assure :). La musique des années 80- 90 avec par exemple Bronski Beat dont je suis fan, bien évidemment Depeche Mode qui m'a beaucoup bercée. En parallèle j'ai toujours eu de grands écarts de goûts entre productions très indie et très mainstream comme avec Madonna.

Vous définissez vous-même votre musique comme de l'electro/dream-pop. Est-ce une manière de dire que vous êtes inclassable ?


Je ne sais pas si je suis inclassable mais j'ai l'audace de penser que je peux être singulière ! Parler de Dream Pop pour qualifier ma musique est un moyen pour moi d'essayer de la définir un peu, d'en résumer en deux mots les aspects potentiellement contradictoires : à la fois dansante, rythmée mais aussi très onirique, mélancolique. Maintenant je me sens tout à fait libre aussi de jouer d'influences très différentes. Je ne me sens pas prisonnière de quelque carcan que ce soit, je ne veux surtout pas l'être.

Votre dernier clip, Ticky Ticky est en ligne sur votre site officiel. Il est très dansant, très electro. Il y a dans ce titre, une sorte de mélange entre un son très moderne, très épuré, et des rappels très appuyés aux années 80, où des samples subtils côtoient de gros sons analogiques sur des rythmiques quasi-disco. Est-ce une tendance dans laquelle vous allez persévérer ? Pouvez-vous nous en dire plus sur votre approche, en matière de production ?


C'est ce que je recherchais précisément pour ce titre. Il y a en aura d'autres dans cette même veine mais je ne me cantonne pas à un style de production figé. On peut très bien entendre sur mon premier EP que l'approche du titre Without Devotion est encore différente. Pour moi chaque titre est un cas singulier, je n'applique pas de recette. J'aime bien évidemment & j'aspire à une cohérence, je suis sensible à des sons particuliers mais je m'ennuierais à mourir si je suivais d'ores et déjà une recette de production. J'ai la chance d'être à l'aube de ma carrière, de pouvoir expérimenter, découvrir, me mettre en danger. J'espère ne jamais tomber dans une routine, dans la facilité. Quoiqu'il en soit je sais que mon "instrument" de prédilection est et reste ma voix. Et ce son organique là, c'est le seul qui ne variera pas ! Je veux m'amuser à la mettre en valeur de différentes manières.

Une vidéo de 2011, vous montre en train de jouer la chanson Free, avec Korg Electribe, Omnichord, Groovebox Akai... Des instruments résolument orientés jeu de scène, et composition "intuitive". Vous en servez-vous aussi en studio ?


L'Omnichord notamment est effectivement un compagnon du quotidien, celui qui me permet d'ébaucher de nouvelles chansons très simplement, spontanément. Je n'ai pas de formation musicale particulière, ce petit instrument un peu cheap m'a libérée de ce léger complexe.

Vous avez récemment joué en live au Trianon, à Paris, le 21 mars. Vous commencez à avoir une belle expérience scénique notamment en France. Que représente la scène pour vous ? Prend-t-elle une place importante dans votre approche musicale ? Aimez-vous ce rapport au public ?


J'adore être sur scène. Le contact est direct, on sait ce qui fonctionne ce qui ne fonctionne pas. La scène permet beaucoup de remises en question et de manière immédiate. La scène ne me fait pas peur, je m'y transcende, avec humilité cependant, j'aime cette espèce de prise de risque. Ces deux dernières années j'ai appris sur moi grâce aux concerts, évolué sur ce que je veux vraiment faire de Owlle à travers le live. Je teste beaucoup de nouveaux morceaux en live. Et je suis très excitée à l'idée de jouer pour la première fois en Angleterre mi mai au festival Great Escape !

Dans une interview récente, vous avez dit que vous adoreriez faire un featuring avec Frank Ocean - avec qui Martin Gore a récemment collaboré -. Y-a-t-il d'autres artistes avec lesquels vous aimeriez collaborer ou jouer en live ?


Oh oui beaucoup. Alicia Keys par exemple ou encore avec le groupe Little Dragon. Mais chez les garçons il y a toujours Frank Ocean en tête d'affiche.

Vous chantez en anglais. Est-ce un choix purement artistique, ou guidé par une volonté d'avoir un écho international plus fort ?


Je sais que cela agace beaucoup de gens de voir " tous ces français chanter en anglais " mais il ne faut pas oublier que lorsqu'on est dans des styles musicaux tels que le mien c'est que les influences ont été en partie anglo-saxonnes. Je suis très fière d'être française et de chanter en anglais car je pense que c'est bien plus adapté à ce que je fais. ça n'a pas été un choix conscient, calculé, Il n'y a jamais eu chez moi de spéculation sur la dimension internationale de ce que je fais, juste une forte envie de faire de la musique sur des mots qui à mon sens sonnaient mieux. Maintenant effectivement je me dis que oui j'aimerais pouvoir faire voyager cette musique.

Quel est votre rapport à l'image ? Clips, photos, pochettes de disques... Est-ce un aspect sur lequel vous aimez vous investir ?


Oui beaucoup, c'est même une partie très importante chez moi. Elle doit évoluer et être en accord avec ma musique. C'est un tout qui doit faire explosion. Pour cela je suis en constante recherche et j'ai des partenaires solides qui y participent. Je pense entre autres au fashion designer Jean-Paul Lespagnard mais aussi à Leif Podhajsky qui a réalisé mes premiers visuels de pochettes et avec qui je sais qu'un vrai échange s'est installé, il comprend l'esthétique que j'aimerais imposer et la traduit brillamment pour moi !

Vous avez récemment remixé le titre "Heaven" de Depeche Mode. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette aventure et sur cette opportunité ? Quelle a été la démarche ? Avez-vous été "choisie" ou vous êtes-vous manifestée vous-même ?


C'est en fait le batteur live de Depeche Mode qui avait à l'origine remarqué ma musique il y a déjà quelque temps grâce à mon EP Ticky Ticky. A la base je ne fais pas spontanément des remix donc c'était une surprise et un vrai challenge pour moi. La veille de Noël, j'ai reçu cette demande toute particulière de la part de l'équipe de Depeche Mode qui était de proposer un remix de Heaven , j'ai eu du mal à y croire, vous pouvez imaginer mon état d'excitation. Donc pendant que tout le monde faisait chauffer la dinde moi j'étais en train de m'activer gaiement avec mon partenaire de studio Pierrick Devin qui m'a beaucoup aidée. Puis le surlendemain j'apprends que le groupe et le producteur sont ravis et que le remix sera effectivement retenu par eux, j'étais très émue, qu'un groupe d'une telle stature ait encore la curiosité de se pencher sur de jeunes artistes comme moi.

Votre remix est l'un des plus "musicaux" du lot de remixes de Heaven mais aussi l'un des plus musicaux pour DM ces dernières années. Est-ce que votre choix de départ était de conserver l'intégralité du chant dans sa structure de base ? En gros, y avait-il un cahier des charges à respecter pour la réalisation du remix ou aviez-vous carte blanche ?


Il n'y en avait aucun, j'avais carte blanche, et c'est peut être pour cela que c'est allé si vite et que la production a été si spontanée. Je ne savais pas ce que je cherchais vraiment, je ne voulais juste pas dénaturer la voix de Dave qui est sublime. J'ai ajouté des choeurs, nous avons changé le tempo et donné une dimension un peu plus club. Pour moi la structure était parfaite, c'est une très belle ballade donc il n'y avait plus qu'à s'amuser.

Heaven est un titre très lent, presque Trip-Hop. Vous en avez fait un morceau très dansant, très électro, et soit dit en passant, très apprécié parmi les fans du groupe, dont un certain nombre d'entre-eux, ont fait, à cette occasion, votre connaissance. Pouvez-vous nous en dire plus sur la génèse de ce remix, et sur l'approche qui a été la votre, pour engager cette chanson sur une telle métamorphose avec autant de réussite ?


Tant mieux s'il plait tant aux fans de Depeche Mode, quel immense compliment ! La difficulté était de ne pas casser l'émotion du morceau, de ne pas le dénaturer tout en l'amenant ailleurs. Le fait que l'original soit justement très lent m'a immédiatement incitée à partir sur un tempo différent, parce qu'un tempo plus club est aussi ce à quoi je suis sensible dans ma propre musique. Pour être honnête j'avais commencé par faire une sorte de duo virtuel sur une première version de remix, c'était tellement tentant ! Puis la on se dit qu'il ne faut pas exagérer, le duo pour de vrai ce sera pour tard j'espère ! Il y avait le stress de les décevoir mais aussi qu"ils ne reconnaissent par leur titre. Ce fut une mission plutôt réussie je crois.

Vous avez effectué une reprise d'Enjoy The Silence, dans un style bien particulier, à l'occasion d'une Session Acoustique sur OUI FM. Vous avez vraiment réussi à créer une ambiance très différente pour cet hymne modien. Un peu comme pour Heaven, en un sens. On sent que vous appréciez cet exercice qui consiste à ré-interpréter, déstructurer, casser pour reconstruire à votre image ? Pourquoi Enjoy The Silence, au fait ?


Parce que c'est l'un de mes titres préférés! Et qu'il m'a beaucoup inspirée. Et vocalement c'est l'un de ceux que je peux aussi chanter en étant à l'aise car Dave a des graves qu'une fillette comme moi a du mal à atteindre.

Cet exercice, chez OUI FM, ressemble à ce qui se faisait dans les années 80 dans le cadre des BBC ou John Peel Sessions en Angleterre. Est-ce quelque chose que vous affectionnez ? L'ambiance "Showcase" vous convient-elle ?


les John Peel sessions sont une jolie comparaison ! C'est une belle façon de redécouvrir des titres. Effectivement c'est un exercice qui en général me donne beaucoup de plaisir. Pour autant qu'on me laisse l'entière liberté des morceaux à ré-interpréter, il faut des affinités bien particulières. Sinon l'exercice relève du karaoké ce qui n'a guère d'intérêt.

Reprendriez-vous des titres de Depeche Mode dans vos concerts ? Quels sont les titres de leur répertoire qui selon-vous, conviendraient le mieux à votre approche et à votre style ?


J'y pense pour la future tournée mais j'ai un tel respect pour leur musique et les autres artistes qu'il m'est parfois difficile de le faire. Je me dis mais que s'il y a des fans à eux dans le public et qu'ils détestent ma version, j'en serais mortifiée. Mais si les fans de Depeche Mode m'en redemandent alors je foncerai ! Wrong - Personal Jesus - Enjoy the silence sont des morceaux que j'adore et dont je me sens très proche.

Les avez-vous déja vu en concert ? Qu'en avez-vous pensé ?


Je n'ai encore jamais eu cette chance ! mais je compte me rattraper sur leur tournée à venir !

Avez-vous d'autres projets de remixes et pour quels artistes ?


Pas pour le moment, je suis très concentrée sur la composition de mon premier album qui demande pas mal de travail. Ce remix pour Depeche Mode était une parenthèse inattendue & enchantée, cela dit je suis prête à recommencer quand une belle occasion se présentera.

D'une manière générale, que vous souhaitez-vous pour le futur ?


D'avoir une aussi belle carrière qu'eux et de réussir mon premier album.

Owlle, nous vous remercions pour votre temps, et pour avoir bien voulu répondre à nos questions. Nous rappelons à nos visiteurs l'adresse de votre site officiel : http://www.owlle.com.



Merci à vous !

Playingtheangel.com remercie vivement Laurence Muller (Snoot), et Denis Collart (Sony Music Entertainment) pour leur aide précieuse dans la réalisation de cette interview.

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onto the stage

Si à ses débuts, Depeche Mode enchaînait les albums et les tournées à un rythme effréné, le groupe a ralenti la cadence dans les années 90. Au début du 21ème siècle, ils ont diversifié leurs activités, notamment à partir de 2003, ou les membres ont développé une carrière solo assez prolifique. Parmi les différents projets, Andrew Fletcher a créé un label, Toast Hawaii, en 2002, afin de promouvoir son premier groupe : Client, à qui il tente d'appliquer la même recette que Depeche Mode à ses débuts : du live, du live et encore du live. Pour compléter la promotion, il s'improvise alors DJ, et tourne en Europe pour présenter la musique de Client, entre autre. Bien entendu, il est systématiquement présenté comme Andy Flechter of Depeche Mode, ce qui aide à garantir le succès de ses prestations.

Au fil des années, Fletcher, puis Gore, ont décliné leur activité scénique avec des prestations de DJ, sur le mode promotionnel, charitatif, ou tout simplement pour se faire plaisir, et aborder la scène d'une autre manière. Les DJ Sets ont plusieurs avantages pour Depeche Mode : outre la promotion de projets personnels comme Client en 2003/2004, la compilation de remixes en 2011, ou VCMG en 2012, les tournées permettent, surtout à Andrew Fletcher d'avoir une véritable activité musicale en dehors du groupe. Car si l'activité de DJ reste assez marginale pour Gore, elle est devenue plutôt habituelle pour Fletcher : depuis 2002, le musicien a joué au DJ près de 200 fois. Cela permet aussi de diffuser la musique de Depeche Mode - qui a bien entendu une place de choix dans les sets sous forme de remixes clubs - dans le monde entier, et notamment dans des pays ou Depeche Mode ne va pas en concert. Enfin, et même si cela n'est documenté nulle part, il semble que les tournées DJ servent à Fletcher de 'reconnaissance' pour les tournées de Depeche Mode à venir. En effet, certains pays et certaines villes qui accueillent les sets de Fletcher, se retrouvent curieusement visitées quelques mois plus tard par Depeche Mode en tournée.

Cette rubrique répertorie l'ensemble des dates de DJ Set d'Andrew Fletcher et de Martin Gore, ainsi que quelques statistiques, photos et flyers. L'ensemble de ces dates sont répertoriées comme événements dans la base de données de Playingtheangel.com, et donc accessibles comme tels dans toutes les recherches concernées.

<div class='thankyou'>Merci au forum DMTVarchives pour son aide sur la documentation des tournées de DJ.</div>