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chronique

Live Showcase, Le Grand Journal, Canal+, 26 mars 2013

Depeche Mode en concert privé à Paris

Exclusivité

Le lendemain de la sortie du nouvel album Delta Machine, Depeche Mode se produisait en showcase sur le plateau du Grand Journal, à Paris. L’émission est l’une des quotidiennes d’access prime-time les plus regardées sur les médias français, et le premier passage du groupe en « vraie » promotion française depuis…. 1997, répond réellement à une grande attente du public. En 1997, c’était d’ailleurs déjà sur la chaîne Canal+, dans l’émission « Nulle Part Ailleurs », présentée par Philippe Gildas. A l’époque, Depeche Mode avait mis le feu à un studio survolté et rempli de fans, en interprétant « It’s No Good » et « Barrel Of A Gun ». En était-il de même cette fois-ci ? Playingtheangel.com y était invité, et vous livre ses impressions ci-dessous.

Live Showcase, Le Grand Journal, Canal+, 26 mars 2013

Promotion

La période est fertile en promotion pour le groupe. Dans la multitude d’événements soigneusement préparés pour accompagner la sortie de Delta Machine, on retient bien sûr en priorité les « extended showcases » du Letterman à New York, et du South By Southwest Festival à Austin. Deux vrais mini-concerts de 10 chansons chacun, tout comme en Europe, ou le concert officiel du lancement de Delta Machine avait lieu au MuseumsQuartier de Vienne le 24 mars.

Il faut tout de même noter que cette année, la France est gâtée : conférence de presse à Paris le 23 octobre, lancement de la tournée mondiale à Nice le 4 mai, déjà 3 dates prévues, et sans doute d'autres en préparation, pré-écoute de l'album organisée par Sony... Pour une fois, la France n'a rien à envier à son voisin allemand pour la promo sur Depeche Mode.

Avec tout ça, on en aurait quasiment oublié le showcase prévu chez Canal+ le 26 mars. On s’attend naturellement à une setlist beaucoup plus courte, compte-tenu du format de l’émission.

Il était très difficile d’obtenir des places pour assister à l’émission. Annoncée en catimini par Myclap, la société de recrutement de public, le 1er mars après-midi, la nouvelle de la participation du groupe au Grand Journal s’est instantanément propagée sur les réseaux sociaux et les forums spécialisés. Quelques jours plus tard, MyClap annonçait l’ouverture des réservations le 12 mars à midi « pour quelques minutes seulement ». De fait, les réservations n’ont effectivement duré que quelques minutes, tant la demande était importante. Je dois pour ma part, ma participation à une invitation de Canal+, que je remercie au passage. En tout cas, il n’y avait aucun doute : le public de l’émission allait être composé exlusivement de fans de Depeche Mode. On pouvait donc s’attendre à une ambiance comparable à celle de 1997.

Jour J

En arrivant vers 16 heures, aux environs des studios « Rive Gauche », situés à l’intérieur du Ministère de la Justice à Paris, on sent qu’un broadcast d’importance est en cours de préparation : Le « Stage Truck » habituel des tournées de Depeche Mode est déjà là, accompagné d’autres imposants véhicules de matériel de régie live et de diffusion. Le groupe arrive vers 16 heures pour faire la balance, avec leur éternel manager, Jonathan Kessler. Le public, lui, arrivera par petits groupes jusqu’à 18 heures. Il fait une température record de 3 degrés en ce 26 mars, et le vent glacial n’arrange rien. J’ai passé l’âge d’attendre pendant des heures dans le froid, je vais donc me réchauffer dans l’un des cafés attenant.

Vers 17 heures, je retrouve des amis dans la file d’attente, avec lesquels nous échangeons quelques avis sur le nouvel album, que tous considèrent comme l’une des meilleures livraisons du groupe depuis longtemps. Les nouvelles chansons se prêtent idéalement à une interprétation live, ce que nous avons pu vérifier sur les vidéos des showcases américains précédemment cités.

Après avoir signé la cession des droits à l’image, formalité nécessaire lorsque l’on participe à une émission de télévision, nous passons les diverses procédures de sécurité exigées par le ministère de la justice et par la production de l’émission : contrôle d’identité, détection de métaux, vestiaire avec dépose obligatoire des appareils photos, caméras, et autres téléphones portables, qui pourraient permettre de réaliser des images alternatives à celle de la production. L’émission est diffusée en direct, y compris le live du groupe.

Le Grand Journal

Une fois placés dans les tribunes, un « chauffeur de salle » nous explique quand il faudra rire, applaudir, crier, pleurer, etc… Je passerai les détails de l’émission en elle-même, mais il faut souligner l’organisation impeccable et millimétrée, qui ne laisse la place ni au flottement ni au hasard. Tout est scripté à l’avance. Les différentes rubriques de l’émission s’enchaînent : interviews politiques, actualité, météo-glamour, les Guignols, le tout parfois entrecoupé de jingles qui ont été, pour l’occasion, musicalement habillés avec Delta Machine, et notamment « Angel ». Une furtive séquence avec le groupe en coulisses, et le public s’enflamme. Ca risque d’être assez chaud tout à l’heure.

I’m in Heaven

Vient enfin le moment tant attendu du showcase de Depeche Mode. La tribune sur laquelle je suis assise bouge sur elle-même, et laisse place à la mini-scène sur lequel le groupe va prendre place. Alors que l’équipe plateau fait rentrer les quelques 150 fans supplémentaires pour créer une sorte de « mini-fosse » qui doit concourir à recréer l'ambiance d'un véritable concert, je m’infiltre avec eux pour avoir une meilleure place, et je me retrouve à quelques mètres seulement de la scène ou je rejoins mes amis. La vue d’ici, est parfaite. Nous sommes, à ce moment, à peu près 350 personnes dans le studio.

Après quelques consignes « comportementales » savamment distillées par notre chauffeur de salle, le groupe arrive sur scène, sous un tonnerre d’applaudissements et une ambiance de folie. Cela fait partie des choses que l’on n’a pas vu à la télévision, car le direct n’avait pas encore repris. On sent que Martin, Dave et Andrew sont extrêmement tendus et concentrés. Ils regardent vers le public, comme s’ils ne s’attendaient pas à un tel accueil. Nous enchaînons sur le rappel à la « Waiting For The Night 2001 », l’un des symboles décidément indélébiles de la vidéo « One Night In Paris », ce qui fait bien rire Martin.

Après une brève présentation du groupe effectuée pour la télévision par Michel Denisot – que nous n’entendons pas, car nous sommes noyés sous les hurlements de la foule -, l’obscurité survient, et Heaven commence. L’ambiance est indescriptible à ce moment précis, à tel point qu’il est parfois difficile d’entendre la musique. La voix de Gahan est superbe, sur ce titre, même si on sent qu’il force beaucoup parfois, pour tenir la tonalité. J’espère pour ma part, qu’ils joueront ce titre sur l’intégralité de la tournée, tant la chanson est magnifique. Les fans ne s’y trompent pas et reprennent en cœur le refrain, d’une seule voix. L’interprétation est puissante, le jeu de guitare bien maitrisé, et la batterie « live » s’accorde beaucoup mieux que la rythmique « soft electro » de la version studio, sur ce titre. Il est évident que les accents blues de Heaven se prêtent magnifiquement à une interprétation dans un environnement aussi intimiste, il faudra voir ce que cela donne dans un stade... Je note également une plus grande harmonie entre les voix de Dave et de Martin, que sur la version studio. Derrière nous, Michel Denisot à l’air d’apprécier le moment, également, à voir sa mine réjouie.

Le titre terminé, le public s’enflamme. La mini-fosse s’écarte pour laisser passer le groupe, qui doit s’installer à table pour répondre à quelques questions. Nous nous asseyons pour cette séquence, qui va durer un petit quart d’heure. L’interview en elle-même n’est pas tellement intéressante, quelques questions « bateau » sur la longévité du groupe, le fessier de Gahan (sic), ou encore la superstition supposée accompagner la sortie du 13ème album de 13 chansons en 2013, bref… Passons sur la qualité de la préparation de ladite interview. Seul Michel Denisot arrive à rehausser un peu le débat, en chef d’émission de grande classe qu’il est.

Après ces petites formalités, le groupe retourne sur scène pour interpréter une deuxième chanson, et pas n’importe laquelle : Enjoy The Silence, dans sa version « live 2013 », raccourcie, et finalement très efficace. Les 350 fans donnent de la voix comme un seul homme. Gahan ne s’y trompe pas, et nous laisse chanter le second refrain, visiblement satisfait de l’ambiance qui règne sur le plateau. On peut vraiment voir à quel point Gahan et Gore sont dans une forme éblouissante, tant musicalement que physiquement. Ils prennent plaisir à chanter et à se produire en live devant un public tout acquis à leur cause. Fletch à l’air un peu moins dans son assiette, ce soir. Il n’a pas dit grand-chose pendant l’interview, et semble très renfermé sur scène. Quant à Eigner et Gordeno, ils font leur job de manière très professionnelle, comme d'habitude.

Comme je le disais plus haut, Enjoy The Silence est d’une efficacité redoutable dans cette version raccourcie, et la dynamique ainsi créée est encore une fois excellente. Le jeu de batterie est superbe, et l’interprétation vocale est magique. Mais ce n’est pas comme si nous avions l’habitude.

La chanson se termine, et le direct prend fin à ce moment précis. Mais le groupe nous réserve encore deux titres, qui seront plus tard disponibles uniquement sur le site internet de Canal+.

Higher

Les accords de Should Be Higher démarrent, et c’est une pure folie qui s’empare de la fosse. Ce titre de Gahan co-écrit avec Kurt Uenala, est incontestablement très réussi, et il se prête admirablement à une interprétation live. Par ailleurs, la performance vocale de Gahan y est incroyable, tant il monte dans les aigus comme il ne l’avait jamais fait auparavant. Le titre est probablement l’un des climax de la future tournée, en espérant qu’il persistera dans la setlist et que le groupe ne le laissera pas sur le bord de la route, pour cause de « difficulté vocale ». Je pronostique également une possible sortie en single pour cette chanson, tant elle représente l’un des moments forts de l’album.

Dernier titre, Soothe My Soul, le second single issu de Delta Machine. Ici encore, la chanson prend toute sa dimension dans une interprétation en concert. C’est un tube en puissance, et le public ne s’y trompe pas. Gahan tombe la veste, et se lâche complètement. D’une manière générale, on sent que le groupe est beaucoup plus détendu sur ces deux derniers titres. Peut-être en raison du fait qu’ils ne sont plus diffusés en direct. En tout cas, Soothe My Soul est un vrai point culminant de ce showcase, qui fait l’objet d’une interprétation magistrale, ponctué de quelques improvisations de Gordeno aux claviers.

Et… voilà. C’est déjà fini. Après un salut de circonstance en français dans le texte, le groupe prend congés sous un tonnerre d’applaudissements, laissant les 350 fans en transe pendant plusieurs minutes. Les roadies s’affairent déjà à démonter la scène, et notre rappel restera vain. Quelques instants plus tard, le chauffeur de salle reprend la main, pour donner le numéro gagnant d’un concours dont le lot est une photo dédicacée par Depeche Mode. L’heureuse gagnante reçoit son lot, pose pour la photo, et nous sommes ensuite invités à nous diriger vers la sortie du studio, qui prendra un certain temps, compte-tenu du nombre de personnes qui doivent repasser par le vestiaire avant de sortir.

Goodbye

Il est 21 heures 30, et la nuit semble moins froide que la fin d’après-midi. Nous nous retrouvons à l’extérieur, et échangeons les impressions après ce moment exceptionnel. Nous sommes persuadés que nous ne revivrons plus un événement aussi intense dans notre vie de fan. Le concert ne faisait que 4 titres, mais il a été vécu comme un vrai concert par le groupe, autant que par les fans, et il en restera dans nos mémoires une trace réellement indélébile. Voir Depeche Mode en concert est déjà une expérience en soi, mais dans de telles conditions, c'est réellement magique.

La cuvée musicale version 2013 est exceptionnelle : pour ma part, je considère que Delta Machine se place dans le Top 3 des albums du groupe, entre Songs Of Faith And Devotion et Violator. Je considère également que contrairement à Sounds Of The Universe, 4 ans plus tôt, les chansons de ce 13ème album se prêteront admirablement à une interprétation live – j’ai par contre un doute sur leur rendu dans un stade – et la période actuelle va sans nulle doute être une mémorable pour nombre de fans dans le monde entier.

Je suis fier d’avoir participé à ce mini-concert dans un cadre aussi intimiste. Il ne manquait que mes amis de Playingtheangel.com, qui n’ont pas pu faire le déplacement depuis la Belgique, et le moment aurait été parfait.

Depeche Mode, nous vous attendons « on the road », avec impatience.

Je termine en remerciant chaleureusement mes amis de Canal+ pour cette invitation, et pour l’organisation impeccable de cette magnifique soirée.

onto the stage

Si à ses débuts, Depeche Mode enchaînait les albums et les tournées à un rythme effréné, le groupe a ralenti la cadence dans les années 90. Au début du 21ème siècle, ils ont diversifié leurs activités, notamment à partir de 2003, ou les membres ont développé une carrière solo assez prolifique. Parmi les différents projets, Andrew Fletcher a créé un label, Toast Hawaii, en 2002, afin de promouvoir son premier groupe : Client, à qui il tente d'appliquer la même recette que Depeche Mode à ses débuts : du live, du live et encore du live. Pour compléter la promotion, il s'improvise alors DJ, et tourne en Europe pour présenter la musique de Client, entre autre. Bien entendu, il est systématiquement présenté comme Andy Flechter of Depeche Mode, ce qui aide à garantir le succès de ses prestations.

Au fil des années, Fletcher, puis Gore, ont décliné leur activité scénique avec des prestations de DJ, sur le mode promotionnel, charitatif, ou tout simplement pour se faire plaisir, et aborder la scène d'une autre manière. Les DJ Sets ont plusieurs avantages pour Depeche Mode : outre la promotion de projets personnels comme Client en 2003/2004, la compilation de remixes en 2011, ou VCMG en 2012, les tournées permettent, surtout à Andrew Fletcher d'avoir une véritable activité musicale en dehors du groupe. Car si l'activité de DJ reste assez marginale pour Gore, elle est devenue plutôt habituelle pour Fletcher : depuis 2002, le musicien a joué au DJ près de 200 fois. Cela permet aussi de diffuser la musique de Depeche Mode - qui a bien entendu une place de choix dans les sets sous forme de remixes clubs - dans le monde entier, et notamment dans des pays ou Depeche Mode ne va pas en concert. Enfin, et même si cela n'est documenté nulle part, il semble que les tournées DJ servent à Fletcher de 'reconnaissance' pour les tournées de Depeche Mode à venir. En effet, certains pays et certaines villes qui accueillent les sets de Fletcher, se retrouvent curieusement visitées quelques mois plus tard par Depeche Mode en tournée.

Cette rubrique répertorie l'ensemble des dates de DJ Set d'Andrew Fletcher et de Martin Gore, ainsi que quelques statistiques, photos et flyers. L'ensemble de ces dates sont répertoriées comme événements dans la base de données de Playingtheangel.com, et donc accessibles comme tels dans toutes les recherches concernées.

<div class='thankyou'>Merci au forum DMTVarchives pour son aide sur la documentation des tournées de DJ.</div>